La peinture monochrome privilégiée par les artistes de l’époque de Muromachi fut délaissée au profit de l’époque de Momoyama qui lui succède (1573-1615). Celui-ci marque véritablement l’Âge d’Or de la peinture sur paravent. Une vigueur, une beauté et une richesse des couleurs viennent exalter des paysages, des scènes de genre et déjà se font jour les thèmes et les tendances décoratives qui se prolongeront tout au long de l’époque d’Edo (1615-1868), à travers notamment « les images du monde flottant » ou « ukiyo-e »
Pour mieux décorer les immenses châteaux construits par la nouvelle classe montante des seigneurs de la guerre et illustrer leur grandeur, les artistes ont choisi de couvrir tout ou une partie de la surface des paravents de carrés de feuilles d’or ou d’argent. Reflétant la lumière du soleil dans la journée et le scintillement des bougies la nuit, ces feuilles métalliques appelées « kiri-kane » éclairaient ainsi somptueusement les grandes pièces obscures.
La peinture d’animaux privilégie les formes dynamiques qui évoquent le caractère farouche et empreint de bravoure des militaires.
Les rapaces étaient particulièrement appréciés par les guerriers dont l’un des sports favoris était la fauconnerie. Leur audace, leur courage, leur force répondaient en outre aux principes prônés par le code du Samouraï.
Composé de six feuilles, ce paravent à fond de carrés d’or, présente un remarquable cadrage. Tel un cliché photographique, il saisit sur le vif l’image d’un aigle posé sur une branche de chêne et dont l’aile déployée suggère le déséquilibre du corps et la vitalité qui en émane. La branche, large à sa naissance, s’étrécit à son extrémité pour créer un effet de raccourci et suggérer la profondeur.
Enfin, les bruns et les verts sombres sont merveilleusement rehaussés par la richesse éclatante du fond de feuilles dorées.
L’aigle, roi des oiseaux, symbolise l’héroïsme. Il est ici l’acteur principal de cette composition dépouillée - sorte d’allégorie du militaire - et dans son regard perçant et sa majestueuse beauté semblent briller sa témérité et sa vaillance.
Attribué à Kano Eitoku (1543-1590), réputé pour ses compositions majestueuses et monumentales.
Paravent exceptionnel par son état de conservation, ses qualités d’exécution et l’intensité de ses couleurs. Peint comme un véritable portrait, cet aigle à l’étonnante présence, témoigne de la parfaite maîtrise des artistes de l’époque de Momoyama et révèle en outre la puissance de son propriétaire.
Art du Japon
Époque de Momoyama, fin du XVIe siècle
Kiri-kane d’or et pigments sur papier de soie
Taille : Longueur 360 cm - Hauteur 165 cm